Les barbares d’hier transformés en élite

Dernier épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

En dehors de leur activité, les entreprises de la Silicon Valley sont célèbres pour leur culture d’entreprise avec tables de ping-pong, bar à céréales et la panoplie jeans – T-shirt, plutôt que costume-cravate. Mais les hippies d’hier sont devenus la nouvelle élite adepte du contrôle. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

La Silicon Valley est issue de la contre-culture des années 1960. Elle se revendique d’un état d’esprit unique, le fameux “Think Different”, popularisé par Apple, une marque devenue aujourd’hui un rouleau compresseur numérique et globalisé. Autre exemple, Google et sa “règle des 20%”, un système qui permet aux employés de consacrer 20% de leur temps de travail à des projets personnels. Mais la société de Moutain View n’a en fait rien inventé, puisque les ingénieurs de 3M, qui commercialise les fameux post-its, donne 15% de temps libre à ses ingénieurs depuis 1948.

Les barbares d’hier

A force d’insister sur les sweat à capuche de Mark Zuckerberg ou sur les trottinettes cool des fondateurs de Google, on en oublierait presque que ces entreprises sont devenues des monstres qui écrasent leurs domaines respectifs. Les barbares d’hier qui ne suivaient aucune règle et venaient mettre des coups de pied dans la fourmilière des belles endormies du Dow Jones, du SMI ou du CAC40, sont aujourd’hui les nouveaux maîtres du monde.

A force de présenter Amazon comme une librairie en ligne, on oublie que c’est un acteur de la grande distribution en général, qui héberge les applications de millions d’entreprises via ses fameux “web services” et propose des services de paiement et de crédit, fabrique des téléphones et des tablettes. Google est bien plus qu’un simple moteur de recherche, c’est aujourd’hui la plus grande entreprise d’intelligence artificielle du monde, partie à la conquête du transhumanisme.

L’establishment d’aujourd’hui

Mais L’Oréal, Nestlé ou Carrefour ont un jour été des startups. Il n’y a pas longtemps, Barnes & Noble aux Etats-Unis et Fnac en France étaient les gros méchants loups qui tuaient les librairies indépendantes. Maintenant, ces entreprises subissent les assauts répétés des acteurs du commerce électronique.

En grandissant, les entreprises ont toujours la même tendance: passer d’une logique de création de valeur à une logique de conservation de valeur et de l’audace à la peur du risque. Malgré les discours de l’ancien hippie Steve Jobs, Apple est devenue la marque du contrôle. Impossible aujourd’hui d’ouvrir un Mac ou un iPhone pour le bidouiller.

La loi du plus fort

Les “nouvelles” technologies ne font que répéter le même cycle. Elles ont eu leurs années folles, de petites structures qui partaient à l’assaut de géants aux pieds d’argile. Aujourd’hui les coquilles de noix se sont transformées en porte-containers géants. Leur défi est de rester agile et motivé. D’ailleurs, quand Charles Darwin parle de la “loi du plus fort”, il ne définit pas la force par la taille ou la masse musculaire, mais par… la capacité à s’adapter.

Et l’histoire n’est pas très optimiste en matière de survie des entreprises sur le long terme. Une étude réalisée en 2001 montrait que seules 13,4% des sociétés du Fortune 500 qui existaient en 1955 étaient encore actives à l’époque. De quoi méditer, mais en T-shirt sous le soleil de Palo Alto… en dégustant une salade de quinoa!

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

Sources et références:

Tous ces métiers déjà disparus

Septième épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

Une des inquiétudes qu’éveille aujourd’hui les algorithmes, l’intelligence artificielle, les machines et autres robots, c’est la disparition du travail. Une crainte qui existe depuis l’apparition de l’idée de l’automatisation, mais qui ne s’est pas encore réalisée. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

A l’apparition de l’automatisation des tâches, nos ancêtres imaginent des machines qui font le travail à leur place, mais ils s’en réjouissent plus qu’ils ne le redoutent. Dans les années 1960, les futurologues les plus optimistes misent sur un monde de vacances perpétuelles, ou presque. Jean-Jacques Servan Schreiber table en 1967 sur 146 jours de travail annuels à l’aube du XXe siècle. On en est loin, même si le temps de travail a baissé en Suisse depuis les années 50.

Aujourd’hui, des chercheurs de l’Université d’Oxford annoncent que 47% des emplois pourraient disparaître dans les prochaines décennies. Gartner prédit même 33% de jobs remplacés par des robots d’ici 2025! Et une constante se dégage entre les inquiétudes de chômage de masse actuelles et la réjouissante perspective de nos prédécesseurs: avec les machines, il n’y aura plus rien à faire.

Ne pas confondre métiers et emplois

Mais si le travail existe encore malgré l’automatisation, c’est parce que la technologie détruit des métiers, pas des emplois. Il n’existe plus de “Knocker Up” qui réveillent les ouvriers le matin en frappant à leur fenêtre avec une longue tige de bois ou de bambou; les “crossing sweepers” ne ramassent plus le crottin de cheval aux carrefours; les chasseurs de sangsues ne travaillent plus pour les médecins; les compositeurs n’alignent plus les caractères dans les imprimeries, parce que ces métiers n’existent plus.

Mais en parallèle à ces disparitions, d’autres métiers difficiles à voir venir sont apparus. Dans les années 1940, AT&T employait 350’000 opérateurs de téléphonie aux Etats-Unis. Avec la simplification du téléphone, les opérateurs ont disparus, mais aujourd’hui des centaines de milliers de personnes travaillent pour les plateformes d’appels et de télémarketing, métiers difficilement envisageables à l’époque. L’automatisation a aussi fait chuter le prix de beaucoup de produits qui sont devenus plus accessibles, laissant de la place dans nos budgets pour davantage de soin à la personne ou de loisirs.

La technologie, créatrice d’emplois

Selon une étude du cabinet Deloitte, qui a analysé l’évolution du marché de l’emploi en Angleterre de 1871 à nos jours, la technologie a créé plus d’emplois qu’elle n’en a détruits durant cette période. Les postes qui disparaissent sont peu qualifiés, répétitifs, nécessitant de la force, tandis que le secteur des soins à la personne a explosé.

Les humains doivent donc miser de plus en plus sur les spécificités qui font leur force: agilité, créativité, empathie, leadership, bon sens, capacité à se projeter dans l’avenir. Des caractéristiques que les machines ne sont pas prêtes de pouvoir reproduire.

Se former longtemps

Ces mutations mettent aussi en lumière un nécessaire changement au niveau de la formation. Il faut passer d’une logique de formation à un moment clé de la vie de chacun, en général entre 15 et 25 ans, à une logique de formation continue, ou l’on passe sa vie à apprendre et à se réinventer.

Entre 1994 en 2014, les métiers de l’enseignement ont d’ailleurs augmenté de 580% en Angleterre! Parce qu’on se prépare à l’inconnu. Le futuriste Alvin Toffler prévenait déjà en 1991: “les analphabètes du XXIe siècle seront ceux qui ne seront pas en mesure d’apprendre, de désapprendre et de réapprendre.”

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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Le crowdfunding est tout sauf nouveau

Sixième épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

Faire appel à une communauté pour financer un projet, c’est une des spécificités de l’économie actuelle. Ça s’appelle le financement participatif et c’est loin d’être nouveau. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

Aujourd’hui, on sait faire preuve de solidarité en se mobilisant pour les petites et les grandes causes, du gadget improbable sur Kickstarter à l’artiste fauché sur WeMakeIt. Mais financer un projet par la collectivité n’a rien de nouveau. Le plus célèbre projet financement participatif du XIXe siècle, c’est la statue de la Liberté, offerte par la France aux Etats-Unis.

Les Français s’étaient engagés à payer la statue et les Américains le socle. Côté français, le Comité de l’union franco-américaine lance une campagne de crowdfunding. Il récolte de l’argent public auprès des autorités, mais aussi plus de 100’000 dons. Différentes stratégies sont utilisées pour mobiliser la foule: spectacles, loteries, vente de coupe-papiers à l’effigie de la statue, de répliques en taille réduite. Ce principe de récompense graduelle, calée sur le niveau de contribution, sera introduit par le site Indiegogo en 2008.

Ça cale aux Etats-Unis

Pendant ce temps aux Etats-Unis, personne ne veut payer pour le socle. Il faudra l’intervention d’un certain Joseph Pulitzer pour débloquer la situation. Il publie dans son journal le 16 mars 1885 un article en première page, une sorte d’ode au crowdfunding. Il insiste pour que ce soit le peuple américain qui finance le piédestal.

Joseph Pulitzer harangue ses concitoyens: “N’attendons pas que ce soient des millionnaires qui donnent cet argent! Ce n’est pas un cadeau des millionnaires de France aux millionnaires d’Amérique, mais un cadeau du peuple français au peuple d’Amérique”. Là aussi, c’est un ressort que les plateformes de crowdfunding utilisent encore. On vous dit ce qui a déjà été donné par d’autres, pour vous appeler à en faire autant et éviter d’avoir à passer par l’establishment pour donner vie à un projet.

Chaque dollar compte

Tout au long de ce que l’on appellerait aujourd’hui la campagne de financement, Joseph Pulitzer va régulièrement publier les petits mots qui accompagnent les dons dans son journal The New York World. Il raconte l’histoire d’une classe de maternelle qui donne un peu plus d’un dollar ou celle d’une vieille dame qui fait un petit chèque. Il ne met en avant que les profils les plus ordinaires.

Les ventes de son journal explosent et à peine cinq mois plus tard, 101’091 dollars ont été récoltés auprès de près de 160’000 personnes. Là aussi on retrouve des éléments des campagnes de crowdfunding actuelles: une période courte est définie, une jauge est fixée, les résultats sont régulièrement communiqués pour mesurer les progrès et on insiste sur le fait que même les petits dons sont bienvenus.

Innovation et participation

Mais tous les projets n’aboutissent pas: en 1783, Mozart propose des livrets à ceux qui financeraient un de ses projets. Il échoue à sa première tentative, n’arrivant pas à atteindre le “premier palier” comme on dirait aujourd’hui.

Pour fonctionner, un projet de crowdfunding doit aujourd’hui comme hier faire le buzz. L’imagination, l’innovation, l’originalité peuvent être bridés. Trop de compromis peuvent enlever son attrait à un projet. C’est peut-être la raison pour laquelle Steve Jobs détestait les études de marché, considérant que ça n’était pas aux clients de savoir ce dont ils avaient besoin.

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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La mauvaise réputation des nouveaux médias

Cinquième épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

A chaque fois qu’un nouveau média s’impose, c’est la même histoire: il subit de nombreuses critiques et est diabolisé… avant de finalement s’imposer. C’est vrai pour l’imprimerie, la radio, la télévision, pour le web et pour les réseaux sociaux aujourd’hui. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

Parmi les reproches souvent faits aux technologies numériques, il y a celui de l’avalanche d’informations. Depuis l’arrivée du web, nous croulons sous une masse de savoir qui ne nous donne plus le temps de nous informer correctement. Mais nous ne sommes pas les premiers à nous plaindre de ce “bruit” qui, au final, nous prive de “signal”.

L’infobésité fait son apparition lors de la dernière grande révolution du monde des médias: l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au XIVe siècle. Les intellectuels de l’époque se plaignent alors du flot de mauvais livres et pamphlets qui fait baisser le niveau général, qui dilue les œuvres de qualité dans un tas de contributions sans intérêt.

Trop de livres, trop vite

Le botaniste Conrad Gessner déplore en 1545 “l’abondance néfaste et confondante de livres”. L’Anglais Barnaby Rich, se plaint en 1613 que les livres surchargent le monde au point qu’il ne peut “digérer l’abondance des futilités qui éclosent tous les jours”. Avant eux déjà, Sénèque désespère de “l’abondance de livres qui est une distraction”.

Autre critique actuelle: tout va trop vite, l’accélération est insupportable. Mais en 1881, lorsque le télégraphe se répand, un médecin de New York nommé George Beard publie un livre appelé “American Nervousness” – la nervosité américaine. Il accuse le télégraphe d’être à l’origine d’une épidémie de nervosité liée à l’accélération du rythme de la vie.

Des générations de fainéants

A son apparition, la photographie est d’abord considérée comme un métier de paresseux, parce que ceux qui travaillent vraiment, ce sont les peintres qui consacrent des jours à un portrait. Derrière cet exemple se cache la crainte qu’avec l’innovation, l’homme va perdre son savoir-faire et sa capacité à créer des chefs-d’œuvre. Elle date des philosophes grecs. Dans le Phèdre de Platon, Socrate se moque de l’invention de l’écriture. “Votre découverte engendrera l’oubli dans l’esprit des apprenants – ils se fieront à des caractères écrits extérieurs et ne se souviendront plus eux-mêmes.”

Toutes les technologies ont aussi nourri des inquiétudes quant à la santé des enfants. En 1936, un numéro de la revue Gramophone met en garde contre les effets de la radio. Selon l’article, la radio va garder les enfants éveillés dans leur lit, agités et inquiets.

Digital detox (de grand-mère)

Alors pour lutter contre la consommation excessive, il n’y aurait qu’une solution: la diète totale. Voltaire le disait déjà à propos du risque de surcharge informationnelle: “si ça continue j’arrête tout”. Avant lui, Erasme se demandait s’il existait un endroit sur terre à l’abri du déferlement de livres. Socrate conseillait de n’avoir dans sa bibliothèque que quelques ouvrages à relire.

Aujourd’hui, Clay Shirky, un Américain spécialiste des nouvelles technologies montre que la vraie question est celle du tri. Le contenu d’une librairie déversé dans une rue donnera une énorme poubelle. Ce même contenu classé dans un magasin dégagera une toute autre impression. Aujourd’hui, de nombreuses sociétés, petites et grandes, travaillent à trier l’information pour y donner du sens. Histoire de ne plus se noyer dans la masse.

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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La surveillance d’Etat, une pratique vieille comme le monde

Quatrième épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

La surveillance des citoyens par les Etats ne date pas des révélations d’Edward Snowden en 2013. Le général chinois Sun Tzu soulignait déjà l’importance des espions au VIe siècle avant Jésus Christ. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

Les technologies actuelles permettent un niveau de surveillance étatique sans précédent. On peut aujourd’hui récolter des volumes de données incroyables, qu’il s’agisse d’appels téléphoniques, de conversations SMS, d’historiques de navigation ou encore d’e-mails.

Mais si l’on s’en tient à l’intention, il n’y a rien de nouveau. La surveillance d’Etat est même souvent assumée dans l’histoire. Au VIe siècle avant Jésus Christ, le général chinois Sun Tzu consacre le dernier chapitre de l’Art de la guerre à l’importance d’engager de bons espions. Dans l’Antiquité, Cicéron se plaint dans ses lettres “d’avoir des espions à ses côtés” et craint même l’interception de ses missives.

Courriers interceptés

En France sous Louis XV, le “cabinet du secret des postes” s’autorise à ouvrir les lettres. L’idée même d’ouvrir le service royal du courrier aux particuliers est motivée par l’idée que si on transporte le courrier de tout le monde, si on transforme ce service postal en monopole, on pourra contrôler tout ce qui s’y dit.

A l’époque, l’ouverture des lettres laisse bien sûr des traces souvent évidentes, contrairement à la surveillance électronique. Voltaire se plaint qu’en Allemagne, les lettres peuvent être ouvertes cinq ou six fois, au point d’avoir besoin de faire changer le cachet, avant de remettre la lettre au destinataire.

Le télégraphe surveillé

Pendant la guerre de sécession, le président américain Abraham Lincoln craint que les confédérés se servent du télégraphe pour communiquer entre eux. Il ordonne des descentes pour saisir tous les télégrammes envoyés et reçus durant une année. Il ira jusqu’à accorder à son secrétaire de la guerre Edwin Stanton le contrôle des lignes de télégraphe. Ainsi, le 17 septembre 1862, lorsque le journaliste George Smaley envoie à sa rédaction new-yorkaise le compte rendu de la bataille d’Antietam, l’opérateur de télégraphe envoie directement l’article… aux autorités. Mais le reporter ne s’offusque pas: c’est la guerre!

D’ailleurs, l’interception des télégrammes par Lincoln s’arrête en même temps que le conflit. Le bureau de surveillance et de décryptage ouvert au début du XXe siècle par le gouvernement américain sera fermé en 1929, en temps de paix, par le secrétaire d’Etat Henry Stimson. Il déclare : “les gentlemen ne lisent pas le courrier des autres”.

Un mal nécessaire?

Aujourd’hui, les guerres ont changé. Les Etats justifient souvent la surveillance des citoyens par la lutte contre le terrorisme. Difficile aussi de résister aux nouveaux moyens à disposition: caméras de surveillance, analyse de données, drones très discrets… d’où le danger de passage à un état de surveillance permanent.

Quant à l’argument “on n’espionne pas sauf quand c’est nécessaire”, il renvoie à Voltaire qui notait que: “jamais le ministère qui a eu le département des postes n’a ouvert les lettres d’aucun particulier, excepté quand il a eu besoin de savoir ce qu’elles contenaient”.

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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Les réseaux sociaux de la Rome antique

Troisième épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

Bien avant la maîtrise d’internet par Barack Obama, de la TV par John Fitzgerald Kennedy, des cassettes audio par l’ayatollah Khomeini, les Romains exploitaient les réseaux sociaux de l’Antiquité, travaillant déjà leur statut d’influenceur. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

C’est inédit en communication politique: le monde prête bientôt davantage attention à ce que tweete le président des Etats-Unis, plutôt qu’à ce que dit son porte-parole en salle de presse. Pourtant, si l’on se plonge dans le passé, on voit qu’il arrive régulièrement qu’un nouvel arrivant bouscule l’ordre établi en s’appuyant sur un nouveau média.

Qu’il s’agisse de Barack Obama avec les réseaux sociaux, de John Kennedy avec la télévision ou de l’ayatollah Khomeini avec les cassettes audio, l’histoire est pleine de politiciens qui comprennent avant les autres le potentiel d’un nouveau média.

Ces vieux nouveaux médias

Le concept d’outil d’échange et de socialisation est vieux comme le monde. Dans son ouvrage “The Writing on the Wall”, qui raconte l’histoire des réseaux sociaux au travers des siècles, Tom Standage explique qu’on a retrouvé sur les murs de Pompéi des graffitis, non seulement dans l’espace public, mais aussi à l’intérieur des maisons. On y retrouvait déjà des messages politiques: “Vesonius Primus appelle à l’élection de Gnaeus Helvius comme aedile, un homme digne de fonctions publiques”.

Les lettres écrites dans la Rome Antique sur des tablettes limitaient la taille des messages, bien avant les 140 caractères maximum de Twitter. Ces lettres circulaient entre destinataires, mais il arrivait aussi souvent qu’elles soient copiées et repartagées, une forme antique du “retweet” ou du “partage” sur Facebook. On les affichait aussi parfois dans les lieux publics, ce qui fait furieusement penser au mur Facebook.

Les influenceurs à l’oeuvre

Le succès d’un auteur se mesurait au nombre de copies qui étaient faites de ses idées. Pour se faire copier, une stratégie consistait à envoyer son travail dans les bibliothèques, ainsi qu’aux grands intellectuels de l’époque, un peu comme aujourd’hui on cherche à mettre nos messages sur un maximum de plateformes et à attirer l’attention d’influenceurs.

Autre phénomène que l’on voit aujourd’hui et qui n’a rien de nouveau: la “fear of missing out” ou FOMO. Cicéron, résidant loin de Rome, suppliait son ami Atticus de lui écrire même s’il n’avait rien à lui dire, ne supportant pas l’idée de passer à côté de quelque chose qui aurait pu se passer au cœur du pouvoir.

De l’utilité d’un réseau social

A toutes les époques, les nouveaux moyens de communication sont accusés de ne pas véhiculer de messages assez sérieux, de n’être que des gadgets. Mais aujourd’hui, deux milliards d’humains utilisent Facebook et toutes les entreprises veulent avoir leur community manager pour y gérer leur présence. On veut toujours croire que les médias seront utilisés à des fins de paix et d’éducation, mais les médias ne sont que le reflet de leurs inventeurs, ils sont profondément humains avec tout ce que cela suppose de bon et de mauvais.

Même les fakes news n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour exister: quand le USS Maine explose au port de la Havane le 15 février 1898, le New York Journal accuse l’Espagne sans aucune preuve. Les réseaux sociaux n’ont finalement contribué qu’à faire circuler l’information plus vite, de façon plus économique et aux yeux d’une audience potentielle plus grande. Ce qui a changé c’est l’envergure. Et quand les choses changent de taille, elles changent de nature.

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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Quand l’Europe était la Silicon Valley

Second épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

 

L’innovation et l’optimisme n’ont pas toujours été l’apanage de la Silicon Valley californienne. Entre 1850 et 1914, Paris a été la capitale mondiale des nouvelles technologies, du business, mais aussi des arts, de la culture et de la foi en l’avenir. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

Entre 1850 et 1914, c’est Paris qui a tenu le rôle de phare inventif, économique, mais aussi artistique, culturel, poussée par un gigantesque souffle d’optimisme.

A la Belle Epoque, inventeurs et entrepreneurs viennent à Paris pour profiter d’un écosystème d’innovation fait de centres de recherche, de talents venus du monde entier et d’investisseurs aux poches profondes. Tous planchent sur les technologies du moment, avec peut-être encore plus d’ambitions qu’aujourd’hui à Palo Alto ou à San Francisco.

Ville multimédia

A l’époque, Paris est un centre mondial de télégraphie, l’internet du moment qui permet de communiquer de façon instantanée. On y invente aussi la carte postale, sorte de MMS avant l’heure. Les toute nouvelles rotatives y tournent à plein régime. Si les geeks ne lisent pas encore Wired, ils dévorent “La Vie électrique” publiée dans “Sciences Illustrées”. Ils ne traînent pas dans un cyber café, mais se retrouvent dans les “téléphones cafés”, desquels on peut appeler le monde entier.

Près de 200 cinémas s’ouvrent à Paris entre 1900 et 1913. Le streaming existe déjà sous la forme du théatrophone. Une invention qui permet de se brancher en direct sur une pièce de théâtre ou un spectacle d’opéra-comique, retransmis dans le monde entier via le réseau téléphonique.

Immigration facilitée

Comme la Silicon Valley aujourd’hui, le Paris du début du 20e siècle est un aimant pour tous les talents technos, pour tous les entrepreneurs du monde. Les étrangers y viennent sans aucune difficulté grâce à des voyages facilités dans un monde qui ne connaît pas encore les passeports. Cinquante millions de visiteurs se rendent à l’exposition universelle, à une époque sans autoroutes, ni compagnies aériennes low cost. Cinq cents banques sont créées à Paris entre 1873 et 1913, contre deux entre 1914 et l’an 2000.

Le métro est inauguré avec des panneaux en 34 langues. Les grands magasins naissent à cette époque et le Bon Marché promet des interprètes en 38 langues. Gustave Eiffel est le Steve Jobs de l’époque. Il invente le porte-jarretelle, conçoit la structure de la statue de la liberté et bien sûr la tour Eiffel. Les artistes et scientifiques collaborent.

L’Europe fauchée dans son élan

Mais ce gigantesque élan d’optimisme se termine brutalement avec la première guerre mondiale. Les deux plus grandes puissances de l’époque, l’Allemagne et la France entrent en conflit en 1914, alors que quelques années plus tôt, les moyens de transport et de communication plus rapides semblaient pouvoir venir à bout des malentendus culturels.

Les Etats-Unis, seul pays industriel qui n’a pas été démoli par les deux guerres mondiales a profité de cette non concurrence, qui a permis ces avancées technologiques. Mais cela n’explique pas tout de l’actuel côté poussif de la vieille Europe. En matière de télégraphe, la France était leader, mais les développements ont été plus rapides outre Atlantique. Un peu comme avec le Minitel et Internet: les Français avaient un coup d’avance technologique et s’y sont tellement accrochés qu’ils n’ont pas su attraper le train suivant.

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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Les guerres des taxis sont bien plus anciennes que l’arrivée d’Uber

Premier épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

 

Plusieurs guerres des taxis ont déjà eu lieu dans le passé, bien avant l’arrivée d’Uber sur le marché de la mobilité. A Londres au 17e siècle, les bateliers voient leur monopole contesté par les voitures de louages, tandis qu’à l’aube du 20 siècle, c’est l’apparition de voitures à moteur qui fâche les pilotes de calèches.

Les bateliers se fâchent

A Londres, au 17e siècle, les voitures à traction animale se développent. On ne les appelle encore taxis mais “voitures de louage”. Cette nouvelle concurrence est rapidement considérée comme déloyale par les bateliers qui détiennent un monopole royal sur le transport des passagers entre la City et Westminster.

Face aux protestations des nobles qui dirigent les réseaux de transport fluvial, le roi Charles Ier introduit de nouvelles règles pour contrôler, voire empêcher ces innovateurs de travailler. Il interdit aux voitures de louage d’effectuer des courses de moins de trois miles. Or, la distance entre la City et Westminster est de… 2,3 miles! De quoi rappeler la fameuse règle des 15 minutes que les autorités parisiennes ont essayé d’imposer à Uber, avant que cette mesure ne soit recalée et finalement jamais appliquée.

Autre époque, mêmes arguments

Les chauffeurs de taxi londoniens d’aujourd’hui passent trois ans à se former. Ils ont du mal à accepter que le chauffeur Uber n’en ait pas besoin, grâce à son GPS. Au 17e siècle, les bateliers anglais avaient pour la plupart consacré sept années de leur vie à apprendre à identifier tous les courants de la Tamise. Quand les ponts se construisent, quand les fiacres se multiplient, toutes ces connaissances deviennent obsolètes.

Rebelote au début du 20e siècle. Cette fois, c’est la voiture à moteur qui se développe. Comme les règlements en vigueur ne s’appliquent qu’aux cochers, les chauffeurs motorisés peuvent négocier le prix de leur course directement.

La régulation peine à suivre l’innovation et les nouveaux acteurs en profitent. Qu’il s’agisse des bateliers face aux voitures de louage, des voitures de louage face aux taxis motorisés, des taxis motorisés face à Uber, la cause est entendue: c’est injuste, c’est un péril, c’est illégal.

L’adversaire finit par s’installer

Selon la légende d’Uber, l’entreprise est née parce que les deux fondateurs Garrett Camp et Travis Kalanick ne trouvaient pas de taxis à Paris en 2008. La ville était connue pour son numerus clausus très strict sur le nombre de licences, afin d’assurer des revenus réguliers aux chauffeurs. En cherchant à limiter le nombre de voitures pour protéger leur business, les chauffeurs de taxi parisiens ou new yorkais ne se sont pas rendu compte qu’ils ont en fait aidé Uber à s’installer.

L’idée d’Uber, c’est que plus il y a de chauffeurs, plus les prix baissent, plus la demande augmente, plus la baisse des marges est compensée par le volume. Mais aujourd’hui, Londres est confrontée aux nouveaux services pour le transport des personnes, des courses, des repas. Les embouteillages, en hausse, ralentissent le trafic. Ils ont fait passer la vitesse moyenne de circulation à 15 km/h, soit à peu près la vitesse… d’un fiacre. Si bien que les bateliers pourraient redevenir plus efficaces!

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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2017, a tipping point and a new mindset

A massive correction is coming to the tech sector, resulting in the end of the second digital gold rush and a return to the fundamentals. Tech companies are increasingly disconnected from what people really need, hardly any meaningful innovation is coming out of those mega structures who, from startups, now look more and more like the monopolies they promised to displace.

The tech industry’s center of gravity is slowly moving towards Asia and Europe. When it comes to Asia, the culture barrier saves us from having to face the fact that Chinese and Korean services are more advanced than ours. When it comes to Europe, the world is starting to take notice after the Euro zone economy outperformed the US in Q1 2017.

The efforts to take humans out of the loop will fail: we will not run out of jobs. Technology destroys occupations, not jobs! And we are pretty good at finding new ways to keep ourselves busy. What I see is a re-emergence of non-technological innovation, long term thinking, in person interactions, and more sustainable values.

What now?

It is time to reframe how we think, so I tried to put words on this new mindset. I believe we need to:

  • Understand that life goes beyond data, that many things are invisible, intangible and unmeasurable: knowledge, intuition, reputation, motivation, identity, leadership, etc . These might very well be the most important things of all, because they are what can’t be put into code.
  • Understand that some innovations are better not used. The only intelligent way to deal with atomic bombs is to learn not to use them. Perhaps some digital technologies deserve the same treatment.
  • Understand that technology is here to serve and augment humans, not replace them.
  • Understand that it’s not about wiping up the past, but taking what’s good from both the past and the future to build a desirable present.
  • Understand that innovation is collective and not individual, that every new idea is built on top of centuries of wisdom and achievements like roads, processors, communication networks, laws, books.
  • Understand that the only way to succeed is to bring both the digital and the “real” world together.
  • Understand that there are no shortcuts, that innovation is hard, slow, and always triggers resistance. That the key is to find the questions first, the answers second.
  • Realize that success is multidimensional and personal. Multidimensional because about more than exits and magazine covers: health, legacy, quality of life, contribution to the advancement of society. Personal because each and every one of us has to define what’s important for her or him, without being overwhelmed by the pre-cooked models of success we are served by the hype.

I believe mixing the values of our “old continent” with the zeitgeist can bring a much needed perspective that will help us move past the notion of innovation, back to the more noble idea of progress.

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