Le crowdfunding est tout sauf nouveau

Sixième épisode de la série d’été Paléofutur diffusée tout l’été sur la Radio Suisse Romande. A écouter ci-dessous ou en cliquant ici.

Faire appel à une communauté pour financer un projet, c’est une des spécificités de l’économie actuelle. Ça s’appelle le financement participatif et c’est loin d’être nouveau. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

Aujourd’hui, on sait faire preuve de solidarité en se mobilisant pour les petites et les grandes causes, du gadget improbable sur Kickstarter à l’artiste fauché sur WeMakeIt. Mais financer un projet par la collectivité n’a rien de nouveau. Le plus célèbre projet financement participatif du XIXe siècle, c’est la statue de la Liberté, offerte par la France aux Etats-Unis.

Les Français s’étaient engagés à payer la statue et les Américains le socle. Côté français, le Comité de l’union franco-américaine lance une campagne de crowdfunding. Il récolte de l’argent public auprès des autorités, mais aussi plus de 100’000 dons. Différentes stratégies sont utilisées pour mobiliser la foule: spectacles, loteries, vente de coupe-papiers à l’effigie de la statue, de répliques en taille réduite. Ce principe de récompense graduelle, calée sur le niveau de contribution, sera introduit par le site Indiegogo en 2008.

Ça cale aux Etats-Unis

Pendant ce temps aux Etats-Unis, personne ne veut payer pour le socle. Il faudra l’intervention d’un certain Joseph Pulitzer pour débloquer la situation. Il publie dans son journal le 16 mars 1885 un article en première page, une sorte d’ode au crowdfunding. Il insiste pour que ce soit le peuple américain qui finance le piédestal.

Joseph Pulitzer harangue ses concitoyens: “N’attendons pas que ce soient des millionnaires qui donnent cet argent! Ce n’est pas un cadeau des millionnaires de France aux millionnaires d’Amérique, mais un cadeau du peuple français au peuple d’Amérique”. Là aussi, c’est un ressort que les plateformes de crowdfunding utilisent encore. On vous dit ce qui a déjà été donné par d’autres, pour vous appeler à en faire autant et éviter d’avoir à passer par l’establishment pour donner vie à un projet.

Chaque dollar compte

Tout au long de ce que l’on appellerait aujourd’hui la campagne de financement, Joseph Pulitzer va régulièrement publier les petits mots qui accompagnent les dons dans son journal The New York World. Il raconte l’histoire d’une classe de maternelle qui donne un peu plus d’un dollar ou celle d’une vieille dame qui fait un petit chèque. Il ne met en avant que les profils les plus ordinaires.

Les ventes de son journal explosent et à peine cinq mois plus tard, 101’091 dollars ont été récoltés auprès de près de 160’000 personnes. Là aussi on retrouve des éléments des campagnes de crowdfunding actuelles: une période courte est définie, une jauge est fixée, les résultats sont régulièrement communiqués pour mesurer les progrès et on insiste sur le fait que même les petits dons sont bienvenus.

Innovation et participation

Mais tous les projets n’aboutissent pas: en 1783, Mozart propose des livrets à ceux qui financeraient un de ses projets. Il échoue à sa première tentative, n’arrivant pas à atteindre le “premier palier” comme on dirait aujourd’hui.

Pour fonctionner, un projet de crowdfunding doit aujourd’hui comme hier faire le buzz. L’imagination, l’innovation, l’originalité peuvent être bridés. Trop de compromis peuvent enlever son attrait à un projet. C’est peut-être la raison pour laquelle Steve Jobs détestait les études de marché, considérant que ça n’était pas aux clients de savoir ce dont ils avaient besoin.

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

Sources et références:

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